Empty words

Du Crépuscule à l'aube, une incroyable performance de déconstruction...

Empty Words, de John Cage

Vincent Barras

dès 22h la nuit du 21 à l'aube du 22 août

Empty Words, œuvre du compositeur nord-américain John Cage (1912-1992), fut écrite entre 1973 et 1975. Elle paraît pour la première fois en 1980 dans le recueil du même nom Empty Words – Writings ’73-’78.

Empty Words, est à la fois texte et partition. Sa lecture est pour voix seule. Plusieurs extraits, réalisés par John Cage lui-même, d’une durée de quelques minutes à quelques dizaines de minutes, existent sur divers supports. On n’en connaît pas d’enregistrement de l’ensemble. Mais on sait que le compositeur en réalisa à plusieurs reprises la lecture intégrale - une dizaine d’heures -, commencée le soir et s’achevant, selon les indications données dans la partition, à l’aube.

Empty Words : évider les mots ; vides.  Libérer le langage de la syntaxe. James Joyce = Mots nouveaux, vieille syntaxe. Ancien chinois ? Mots pleins : mots libres d’une fonction spécifique. Faire en sorte que les mots se retrouvent désenchaînés de leurs fonctions spécifiques : démilitariser le langage.

Que peut-on faire avec le langage ? L’employer comme un matériau. Il y a cinq sortes de matériaux : les lettres, les syllabes, les mots, les groupes syntaxiques, les phrases. Un texte peut n’être constitué que de lettres, ou que de syllabes, ou que de mots ; uniquement une chaîne de groupes syntaxiques ; de phrases ; ou une combinaison de lettres et syllabes.

Empty Words utilise un mélange de mots, de syllabes, de lettres tirées, par des opérations de hasard, du Journal de Henry David Thoreau. Quatre parties : la première partie élimine les phrases ; la deuxième partie exclut aussi les groupes syntaxiques ; la troisième omet encore les mots ; la quatrième n’admet plus que les lettres et les silences. Langue démilitarisée, palimpseste de toutes les significations possibles qui ont laissé leur trace.

Chercher (tout haut) une manière de lire. Changer de fréquence. Monter puis descendre : aller vers les extrêmes. Poésie. Faire de la musique en lisant tout haut. Lire. Respirer. Faire en sorte, jusqu’à ce que la langue ne dise rien du tout. Se tenir là toute la nuit en train de lire. Lire jusqu’à l’aube, au moment où la musique de la langue et les sons extérieurs viennent s’interpénétrer. Au matin, la langue est devenue musique. Manger, boire, plonger.