Déjà vu

Une nouvelle oeuvre d'art sur l'espace de la billetterie...

 

Déjà vu. Ou non. Une œuvre de Ben Tibbetts, ancienne billetterie des Bains des Pâquis, été 2018

En tant qu’artiste, la répétition opiniâtre, pour Ben Tibbetts, est une manière d’avancer dans son œuvre. Le geste est singulier : reprendre au dessin ce que l’objectif du photographe a déjà saisi, réduire l’image quasiment au format du capteur comme s’il fallait imiter la miniaturisation de la machine photographique pour faire surgir à nouveau le réel.

Pour Ben, en tant qu’alpiniste et guide de montagne, la répétition opiniâtre des gestes et des protocoles fonde la sécurité et l’efficacité de la course. Il faut parcourir et reparcourir les routes des 4000, ou les territoires glacés de l’Antarctique pour en surmonter les dangers, en lire les traces, et éprouver le territoire hostile ou simplement rude.

Par ce double engagement, Ben Tibbetts conduit ici notre regard à se faire insistant, comparant les échelles, les techniques et les textures. Dire la même chose deux fois est une forme rhétorique (l’épiphore ou l’anadiplose), mais c’est surtout un bégaiement salutaire, qui nous arrache de notre indifférence, et qui prouve que cette image ne fait pas partie du déjà vu de l’imagerie de montagne.

L’auteur témoigne d’un geste immense et aussi minuscule : une appropriation physique (la conquête des sommets, partagées par notre regard de spectateur), et une appropriation par la mémoire et le dessin, par la singularité du trait microscopique.

Ce détail qui vaut le tout, n’est pas ici le déjà vu de la métonymie, c’est au contraire le parti pris de l’artiste comme explorateur, qui relie deux gestes sans mesures communes, sauf à tenir bon. Dans un paradoxe extrême.